Récit sortie alpinisme du 23/07

18PilierENthe_ClimbingRouteLundi 23 juillet, nous avions bon espoir d’avoir un créneau météo correct pour réaliser l’ascension de l’éperon nord Est du Pizzo Prévat, sommet Suisse situé dans le canton du Tessin, haut de 2588m. , ce sommet très connu sous le surnom de « Matterhorn der Leventina ».

Une magnifique montagne de gneiss uniquement accessible en escalade, la voie que nous avons choisie est un éperon très effilé descendant droit du sommet, une voie splendide et vertigineuse sur un rocher exceptionnel, un itinéraire de 10 longueurs de 50 mètres de corde environ, il suit la ligne la plus directe de l’arête, soit environ 270 m de hauteur à grimper.

180723_084641Partis dimanche, nous passons tous les quatre la nuit sur place en tente, pour attaquer la montée le lendemain à 7h. La météo nous avait annoncé un soleil radieux et peu de vent, mais au lieu de ça le ciel est couvert et le vent souffle assez fort, la température est plutôt fraîche pour un mois de juillet.

Comme le sommet est dégagé nous partons dans les premières longueurs, la difficulté est moyenne mais fouettés par le vent froid on perd vite la sensibilité au bout des doigts, le rocher est froid les prises nous échappent.

On sent que ça va être long, on avait prévu des vêtements chauds en cas de coup dur, on enfile tout ce que l’on a, on se sentira vite mieux, les faibles éclaircies arriveront à nous réchauffer.

180723_100751On progressera assez rapidement jusqu’au milieu de la voie, l’escalade est plutôt classique, mais à partir de là il faudra rejoindre l’arête sommitale.

Elle est très fine et suit une ligne directe vers le sommet. Le passage sur l’arête sera le « pas qui coûte », il faut enjamber deux fines lames de rocher en faisant un grand écart entre les deux, un vide prodigieux entre les jambes.

Le reste de l’ascension se fera sur le fil de l’arête, tout en dentelle de rocher.

Nous arriverons tous les quatre au sommet vers 13h, le temps de faire une courte pause avant d’attaquer la descente.

La descente est toujours un moment délicat, on est fatigués et il ne faut ne pas relâcher la pression, pour cette montagne c’est plutôt un retour assez évident, on suit un étroit sentier, jusqu’à 3 rappels qui nous amèneront jusqu’à la terre ferme.

Quelle magnifique escalade, nous avons vite oublié nos onglets et le vent froid, on avait rarement rencontré une telle variété de rochers différents sur une montagne, c’est un endroit géologiquement très riche, on à la banane, 8h de bonheur.

Quel intérêt de prendre de tels risques ?

180723_135248Oui l’alpinisme est un sport à risque ! Non on ne va pas en montagne pour le risque, mais c’est un paramètre qu’il faut prendre en compte en le gérant au mieux, l’expérience, l’entrainement, la raison permettent de progresser en sécurité.

On va en montagne pour vivre l’aventure dans un des seuls espaces encore libres où chacun est responsable de ses choix, pour y vivre une découverte, un petit voyage dans l’inconnu. Le sommet ou l’exploit sportif ne sont finalement pas les buts principaux, la cordée est un moment fort où la confiance et le partage sont le maître mot de la réussite. Un travail d’équipe qui permet de progresser vite et efficacement. Une cordée rapide ne dépendra pas que d’un leadeur grimpant toutes les longueurs en tête, mais d’une cordée réversible bien plus efficace.

La montagne est une vraie école des valeurs, le bout de corde qui nous attache ensemble y est pour beaucoup, un lien fort qui nous relie.

François Meyer

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